Luminescence

Une racine blanche dans le ciel gris, l’instant d’un millième de seconde. Une racine suivi d’un bruit semblable à un arbre qui tombe sur le sol. La vieille racine trouvé dans une boîte, dans le garde-robe. Un séquoia ferait trembler la forêt entière. Ici c’est un simple éclair qui fait trembler ton existence.

Une tentacule luminescente au-dessus des terres parallèles à cette rive. Je vois que là-bas il fait soleil.
On se sent incroyablement vulnérable. Je ne sais pas comment font les gens en bas. Ils passent en voiture, en bicyclette, en moto. Je voudrais être celle à pied, les cheveux mouillés, la robe lourde d’un pays empli de rivières minuscules. Celle qui est un pays, celle qui est un peuple.
Je n’arrive pas à décrire la sensation que me donne l’orage. Simplement témoin d’un surprenant phénomène météorologique, je ne ressens que le désir de m’y mesurer. Parler à cette ligne, blanche le jour et bleue la nuit, lui lancer que je peux arriver à hurler plus fort qu’elle. Au point qu’elle s’en souvienne, au point que sourde, elle en devienne.
Je voudrais me copier-coller littéralement sur tout le long de son éclair. Ressentir sa force, sa fougue éphémère. Éphémère puisque plus jamais nous ne reverrons son identique. Chaque lignée de tonnerre est unique. Leur notion du temps est beaucoup plus rapide que le nôtre. Cela aussi est un monde parallèle au nôtre. Une autre dimension.
Une odeur vieille de douze ans vient de me visiter. J’ouvre un peu plus la fenêtre. L’odeur des clams à la fin août. Derrière les arbres qui longent la 138, il y a la grève. Mes grands-parents détenaient les secrets des sentiers où l’on pouvait rejoindre le fleuve. Mon grand-père en avait encore les photos dans son tiroir, lui assis dans sa berçante, à la résidence. Les sceaux blancs, les pelles, les bottes vertes à la semelle jaune, celles que je détestais, et notre marche lente sur les vagues du sable humide, sous les moutons du bleu ciel. Si j’y retournais, je me promènerais seule sur cette plage aujourd’hui, aux côtés des esprits de mes aïeux. Je leur parlerais des orages de Rimouski, de la chaleur de Montréal, je leur dirais que le fleuve jette parfois sur les rives de mon coeur une douce souvenance, une nostalgie portant un peu d’épines. Comme les branches érodées du bois de mer.

Hier encore je parlais des photographies que je trouvais dans le bureau de mon père quand j’étais enfant. Des couchers de soleil flamboyants avec leur reflets sur une eau d’accalmie. Une merveille qui m’étais parvenue par la lentille d’un appareil faite de main humaine. J’étais trop jeune pour me souvenir de ces paysages. Un album photo m’a déjà dit que j’allais dans les terres dans un canot de mon grand-père. Une vidéo à mes cinq ans m’a déjà raconté que je n’avais jamais parlé français.

Je n’ai alors mémoire que des rues d’asphalte, et des murs de béton d’une école secondaire.
Je n’ai pas d’appareil photo, je n’ai que des yeux et des souvenirs. C’est des images peintes à la main avec des mots. J’ai envie de devenir sorcière. J’ai envie de brûler le ciel, pareil au tonnerre.
Laisser la pluie couler sur ma tête, bénie de vivre. Courir en talons noirs au faux cuir de vipère.
Le tambour de mon âme, c’est toi, l’orage. Attends. Attends-moi. J’ai envie de hurler. J’ai envie de ta lumière.

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