La Neuvaine des peuples nomades (slam)

Jour de l’Eau (le barrage)

C’EST LE premier jour d’hiver, la neige et le froid
la pluie à l’envers elle s’est sauvée d’effroi
Les rues allers-retours la 138 sans secours
Débarquent les anti-émeutes pour les meutes innues
Viennent-ils donc avec leur amertume
pourtant je suis ton égale sur la même bitume
Les vents s’élèvent, les outardes s’envoleront
Les troupeaux de caribous débarqueront
d’aussi loin que les terres qu’ils nous restent
Ils viendront du Nord, du Sud, d’Est en Ouest
Fiers et libres, avec leur bois penché vers l’avant
leurs sabots martèlent le sol imitant la voix des militants.

Brandissons tous nos drapeaux et hurlons résistance
nous allons survivre je le sais
nous avons cent mille ans de résidence
le feu qui me brûle t’est encore inconnu
mais tiens je t’en donne il ne t’est pas superflu
aie donc confiance, je suis ta centenaire…

Je crache les perles de ma nacre colère
juste au-dessus de mes rivières
tu peux m’arracher mes barrages
même si avec les tiens je ne sais le faire
Combien de temps pleurerai-je encore ?
Unamen, Unamen ma mutilée vive ma désolée sereine(1)
LA TERRE PLEURERA(2) le jour où tu seras reine

Jour de l’Enfant (la revendication)

JE SUIS une Enfant de la Terre
Je n’ai pas peur non plus que tu viennes me défaire
REGARDE-MOI REGARDE-MOI
REGARDE MES YEUX DE TERRE
Dis-moi d’où je viens que je suis une Enfant de la Terre
REGARDE-MOI REGARDE-MOI
JE SUIS UNE ENFANT DE LA TERRE
JE NE SUIS PAS UNE ENFANT DE L’ÉTAT
JE SUIS UNE ENFANT DE LA TERRE
Regarde-moi regarde-moi
Regarde mes yeux de terre
LES YEUX BANDÉS
Je suis la gardienne celle qui veille ta Terre

Je suis ta démantelée cerbère
ta démente ta berbère
One Love and Peace for you my brother
cache ton regard blanchi par ta propre froideur.

Regarde la Femme droit devant toi
qui se tient debout droit devant ton bouclier
elle sans armes – et elle sans lois
que celle de sa fierté et que celle de sa terre
son territoire trop étroit.

Elle est la mal armée sans boussole.

Jour du Silence (la lutte)

LES CHANTS de paix éteints et les arbres rompus
je me tiendrai debout quand même quand il aura plu
entre les lignes blanches ou jaunes
entre Uashat et Mani-Utenam qui se sont tus
après la neige et le ciel gris brisé dans l’innocence
d’un peuple amer qui n’aura rien perdu de son espérance
les branches de sapin éparpillées sur l’asphalte blanc
Au teueikan sur la route je ferai battre mon sang

Où sont passé mes armes dis-moi ?
J’ai les mains vides mais pleines de mon histoire
j’ai le coeur à découvert devant tes casques noirs
Où sont passé mes armes dis-moi ?
J’ai les mains vides mais pleines de notre histoire
Je n’ai que mes yeux pleins de larmes et d’espoir.

Jour de ma naissance (le Québec)

JE SUIS née d’un choc culturel entre l’innu et le québécois.
Je suis née de l’exil entre la terre natale et la terre nouvelle.
Je suis née du nomade et de la sédentaire.
Je viens de la religion catholique et de la Révolution.
Je viens de la soumission, de la violence, de l’enfermement.
Je viens des chants et des danses et je slamme maintenant.
Je viens du feu qui brûle tes livres.
Je viens de tes racines et de l’enracinement.
Je viens de la rage de vivre.

Je suis venue fermer les portes du Plan Nord.

Le fleuve est un canal spirituel entre le territoire ancestral et la terre promise
Je soufflerai des aurores boréales pour rétablir les ponts où je serai assise
Tu es mon étranger sur ma terre et je serai ta promise.

Dans une vision charnière, j’ai vu ta terre se mêler à la mienne.

Je suis d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Je ne m’éteindrai jamais, tu verras bien.
Dois-je me déposséder de moi-même pour te ressembler ?
Dois-je vraiment te ressembler ?
Laisse-moi lever mes bras pour que je nous vois enfin rassemblés
Les mains en l’air, les mains tendues, les mains tenues, les mains nues.

Sept-Îles, 18 octobre 2012.
1: Gaston Miron

2: LA TERRE PLEURERA, livre documentaire de James Wilson.

3 réflexions sur “La Neuvaine des peuples nomades (slam)

  1. LE SOLEIL sais comme ma tête cet lui allimente toute mon corps La RIVIÈRE sais comme le sang ki coule dans me vaine LES RACINE sais comme mes jambes qui relie tout a la TERRE MÈRE et relie toute L’AMOUR de mes enfants

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