Je suis ta promise. (12/11)

TU M’AS prise et faite chair, dans un environnement hostile à ma nature. Les derniers enfants que tu m’as fait je ne les ai jamais vus. Ce monde ne sera pas le leur.
Alors je m’invente d’autres mondes, d’autres siècles. Je n’existe pas pour toi. Regarde-moi sans une lame dans tes yeux. Je suis venue porter l’espoir dans le monde, mais je n’en ai gardé aucun pour moi-même. Ça, c’est dans un livre de Tolkien que j’ai entendu ça. C’était vrai.
Tu m’as éteinte. Le feu qui me brûle t’est encore inconnu. Le reconnaîtras-tu le jour de ma naissance ? Où sont les porteurs d’eau que je m’abreuve ? Où sont les prophéties que je me nourrisse…
Je m’éteins. Sur la rive d’un fleuve de rêves, j’ai songé qu’un jour on pourra être ensemble sans se briser. Les plaques tectoniques sont maladroits, ils ne savent pas où aller. Et toi. Et moi donc.
Tu as vu l’aube ? Elle est mauve, sublime, brumeuse sur la batture. Tantôt orangée, tantôt trop clair pour mes yeux. Sur mon battement de coeur. Sur mon battement de tambour que je crois déceler dans l’aurore. La rosée, ce sont mes larmes d’hier, celles que j’ai versées pour toi. Mon étranger sur ma terre, je suis ta promise.
Les caillous de la grève se prennent pour des racines sous mes pieds. J’ai l’impression que l’enfer voudrait me pénétrer par en dedans, comme si je n’avais pas assez de toi. Je ne suis pas une Enfant de l’État.

Je crois que le Soleil est sacré. Tenter de le regarder dans les yeux rend aveugle.
Je ne sais pas ce que j’essaie de faire. Mes doigts glissent sur le cuir invisible que je couds avec des fils d’aurore. Des motifs oubliés y prennent forme. J’entends des chants traverser les millénaires pour s’éterniser dans mon tissage. Les capteurs de songes que tu endors ne fermeront jamais la fenêtre de ta vie. Ils attendent la Lune chaque nuit. Tu n’as pas fermé les yeux hier. Tes rêves d’adolescents sont gigantesques. Ils piétinent la planète sans se rendre compte qu’elle manque d’air.

Je manque d’air.
Où as-tu déplacé mes veines ? Mes artères se sont écoulé jadis et naguère.

J’ai perdu la mémoire.
Je ne suis pas sûre que tu comprennes. Cesse de mutiler la rivière pour qu’elle te reprenne et t’adopte comme son propre fils. Nous sommes tous Enfants de la Terre. Écoute ta Mère.
Mon corps s’est tendu dans la nuit. Tu m’as prise et faite chair que pour toi-même. Mon étranger sur ma terre, je suis ta promise. Cependant nous ne verrons pas l’aurore si nous ne sommes pas ensemble sans se briser. Nous ne verrons pas la brumeuse batture se caler dans le fleuve immense.
Mon corps tu l’as tendu sur des bâtons de métal. Tu m’as chassée de ma Terre. Mon grand-père, je l’ai vu, il tendait la peau du castor avec le fil de ses nerfs et un bois mis en cercle. Tu ne m’as pas encerclée de ton sang. Tu m’as déchirée à l’intérieur sans te dire que je serai peut-être moi-même ta famine.
Je te murmure dans l’oreille des mots de sapin et des aurores boréales.
Je ferme les yeux.

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