Les piliers de la réserve (15/11)

Je sais bien que tu ne comprends pas les lois de la langue.
Embrasse encore ma Terre.
Des forêts de ronces se sont établi des tanières à l’orée des villages. Une presqu’île sur leur propre terre ferme, une cape d’invisibilité recouvre ces communautés. On a du mal à atteindre les coeurs qui s’y renferment, qui s’y émeuvent.
Je suis souvent tentée, en mon coeur, de me dire Blanche. Ce même être revendique sa provenance. Son sang rougeâtre. Perdu. Mêlé dans son propre esprit.
Le Québec est une «nation de toutes les nations». Une nation au sang mêlé. Je suis déjà persuadée que je finirai par mêler ton sang au mien.
Je finirai bien par t’obtenir.
Pour te dévorer.
En attendant j’ai perdu la lumière. J’en cherche une autre, artificielle peut-être, du moins pour combler le vide qui se creuse. Retrouver son corps exige un chemin à sens inverse. Exige à trouver un chemin à sens inverse.
Combler le vide.
Le vide comble le vide.
Je cherche les piliers de la réserve. Au dessus de nos têtes, tout est plus haut que nous. J’ai entendu dire que les nouvelles-nées des araignées sont tellement légères qu’un coup de vent peut les emmener à l’autre bout de la Terre et qu’elles peuvent s’envoler beaucoup plus haut que l’Aigle lui-même. Se retrouver à l’autre bout du monde. Faut-il t’enfuir trop loin en ayant le choix de revenir ou non pour te défaire de toi-même ? Faut-il rêver de vodka chaude pour mieux voir clair ? De la vodka chaude sur les lèvres.

pour toi toutes les routes sauvages
les arbres dedans je suis ta centenaire brimée
fabriquer potion immortelle
toi dans mon sang

brise vantarde
une note brisée au comptoir
univers en soûlitude
les lacs asséchés du coeur accrochés aux ciels d’hypnose


J’ai couru sur la grève du ciel, mon fleuve, pour chasser les aurores boréales qui nous sont apparus, à mon amie et moi, alors que nous marchions dans les rues.
Visions d’ombres d’hommes, de femmes et d’enfants.
J’ai vu un Caribou, si grand, si fier, et j’ai couru encore. Il m’appelait. M’attendait.
La mer s’est versée dans le firmament glacial. J’ai vu pour la première fois les reflets magnifiques de la mer sur le ciel, son amant. Les aurores se frayaient une piste ancienne entre les étoiles, vers le Nord.
L’éternité boréale. J’étais à ce moment précis une Enfant effrayée.
Le Caribou. Le mâle, il sait ma famine.
Je prie, maintenant.

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