Lettre III (Parfumées à la Sauge)

Neuvième jour du Nouveau Monde, Rimouski.

  Je t’ai donné mes arbres pour t’abriter de mon frère le vent. Cependant je l’entends hurler ces derniers temps. Mon frère le vent est une bombe à retardement. Il ne manquera pas bientôt de déchaîner sa colère sur tes fils qui mutilent mon ventre.

  Les mers semblent intransigeantes. Seulement je les connais. Je sais déjà qu’il y a deux ans elles ont grugé tes rives et tes maisons. Tu t’en souviens.

  J’ai marché par mes terres hier. J’ai appelé le Maître du Caribou. Seul mon frère le vent a répondu par une brise fraîche. Tu verrais les landes que tu as laissées pour compte… Les lichens se sont cachés à mon arrivée sur la Terre. Ils m’ont cru blanche. Une lande à perte de vue. De blanc éperdu. Bientôt tu dénuderas mes montagnes. Je verrai presque les fumées des usines de la rive nord du Fleuve au travers du pays depuis les baies arctiques. À l’œil nu. Tant tu m’auras tout pris.

Bientôt je serai affamée. Bientôt je serai assoiffée. Et tu n’auras plus rien à me donner en échange de mes dernières ficelles de vêtement traditionnel. 
J’entonne un chant de paix ce soir encore…

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