Voilà. Je suis en deuil. Je savais que le coeur allait finir par me flancher.

J’étais debout sur mon lit à regarder la moitié d’horizon que Montréal nous donne (de tout horizon d’ailleurs), debout en hauteur parce que le moustiquaire de ma fenêtre me fuckait les yeux. J’étais à regarder au travers de la vitre et poser mes yeux sur le Mont-Royal, volcan endormi. J’étais à regarder les immeubles, à écouter les bruits incessants de la ville. Puis à observer les nuages, les paupières plissées de soleil. Ce soleil, enfin, trop de jours disparu et envolé. Les moutons courent sans pattes mais en coton sur la plaine bleue (royale?) du ciel. Le soleil danse. Je regardais les enfants sur le trottoir et regardais les nuages. Je regardais les enfants et les nuages. Les enfants et les nuages…

Premier dessin à Montréal. Le Caribou, animal innu, est aujourd’hui en grave danger d’extinction.

Alors j’ai recouvert des visions secrètes, photographies mentales, refondant pierre par pierre et terre par terre les paysages perdus de mon père, Nutshimit. Pessamit et la rivière.  Les sapins tout au long de la 138, même si leur seule utilité est de camoufler les derniers vestiges massacrés des terres du Nitassinan. Ils viennent tout de même réchauffer notre regard, nous protéger du vent glacial de la Côte-Nord, longue et béante. Les sourires innus. Les regards blancs. J’ai fini par les découvrir quand même, cachés dans les collines incroyables, ces rivières chancelantes mais miraculeusement vivantes, ces pluies orageuses et ces forêts verdoyantes, mordantes de couleurs à l’automne. Il semble que malgré toute sa douleur de Mère, la Terre restera toujours belle. Même dans la mort, rien que pour les rayons doux de son beau Ciel, lui-même lentement acidifié de nos chimiques haleines sales. Je suis en deuil. Loin de ma maison. Des miens. L’immensité étrange que je ressens en mon ventre, mesure précise en kilomètres d’air de la distance qui me sépare maintenant et indéfiniment du lieu où je suis littéralement née. J’ai accroché mon premier dessin sur mon mur vide pour ne pas le perdre de vue.

Je me suis rassise sur ma chaise en babiche. Les parents de mon père en avaient, aussi, mais berçantes. La mienne ne me berce pas. Pas encore. Elle berce plutôt mes mythologies intérieures. Je ne suis jamais allée plus loin que Mani-Utenam.

Je sais toute l’île de Montréal traditionnellement mohawk. Beaucoup encore l’ignore. À Rimouski j’étais en territoire malécite, je suis aujourd’hui en territoire mohawk. Encore exilée. Incapable de revenir chez moi sans avoir une formule, une réponse ou une clé magique pour ouvrir le pourquoi de la guerre froide toujours existante entre mes peuples. Je rêve trop peut-être, pourtant mes visions anciennes de réconciliation se matérialisent. Quand reviendrai-je ? Montréal me retient avec toutes ses promesses, ses cachets pour payer mes loyers, les rêves que je suis si près de réaliser. Les songes qu’elle-même me donnera. Comme les seuls horizons qu’elle peut me donner. Prête à tout boire, pour tout écrire. Tout écrier. TOUT. T’entends. Mes complaintes et nos déboires, nos cantiques et nos légendes, nos peuples incompris et incompréhensibles l’un pour l’autre. N’attends pas que je me fâche telle une tornade, écrit Bibitte, n’attends pas que je me libère de mes chaînes…

Creuse encore. Lacère mes vertèbres. Je suis l’Enfant de la Terre qui te criera de te TAIRE.

De taire tes dents de fer qui me lacèrent.

J’ai mal au ventre de la Terre.

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