Nous sommes maïs et lys

Je suis la femme qui tombe du ciel
avec quoi nourrir mon espoir
si je n’ai la terre – si je n’ai les eaux –
je remettrai au jour de l’orage
l’histoire circulaire entre ses mains
à son dos plus dur que nature
à l’univers qui perle sur ses racines
la grande tortue nageuse

que dans le souvenir la blessure soit bénie
par la femme tenue debout au-dessus de ses fils
de ses filles à qui l’on redonne grâce
qui disparaissent un jour de décembre
qui se dispersent mille fois dans les neiges
le pays est grand pour l’amour
je ne te dis pas
et les vents annoncent les mystères
dans lesquels se libèrent leurs corps

que l’on demande grève de l’arrogance
des hommes
que dans l’acte de partager la désinvolture
des derniers jours de la révolte
de désobéir à la vérité despotique des menteurs
quel sera alors le plus grand des plaisirs de la femme
que de reprendre sa digne indulgence
effacer le vide
par son nom et par ses hurlements précis
aux jours absolus de la naissance

quel sera alors le plus grand déplaisir de la femme
de voir se lever verticalement encore à ce jour
l’ombre déchue du colonial
personne ne peut soupçonner alors
la puissance qui la fera s’illuminer de mille feux
au-delà de toutes les impuissances
au-delà de toutes les lâchetés
au-delà de toutes les existences
qui n’ont pas su crier.

que la lumière berce nos têtes
car nous soumettons la noirceur

nous sommes aujourd’hui femmes de défense
aujourd’hui femmes fleur de lys
femmes d’un pays au long fleuve tranquille
mon pays

nous sommes aujourd’hui femmes nations
nous construisons l’avenir
avec les labeurs de jadis
avec les douleurs de maintenant
nous sommes celles qui ouvriront la lumière

nous sommes aujourd’hui femmes de maïs
femmes autochtones et femmes québécoises
affectées à la charge de reconstruire nos sœurs
femmes blés et femmes semences
éparpillées
qui n’ont pas encore
les racines assez longues pour atteindre l’hiver
l’hiver fondant dans nos bras chauds
de femmes insoumises

nous sommes femmes médecines
nous avons en nos mains la beauté universelle
en nos paumes le secret inconditionnel
qui guérira la mémoire de nos femmes dissipées
les brumes intemporelles
n’auront aucune raison de nous taire
nos pieds gratteront cent fois les terres fertiles
de nos imaginaires
de nos paroles
de nos visions secrètes

nous sommes aujourd’hui femmes sentiers
libres conquérantes
de terres imaginaires défrichées
rapaillées, en jachère
revigorées par le sang de nos délivrances
en notre sang se transmettent les légendes
en notre corps déchiré se transmet l’espoir

nous sommes déjà pays fleurissant
sur les rives du grand fleuve d’eau douce

les roseaux portent mon berceau
vers mon pays de l’arrière-pays
où d’autres femmes, mes mères, ont porté le pays sur leurs jambes
le pays sur leur nuques
le pays sur leur dos

« parce que je suis femme
je suis déjà peuple résistance
et je transmet la résurgence par mon sang
et si vous avez le malheur de l’étendre
vous verrez de nouveaux feux se répandre
sur tout le territoire du monde. »

 

 

23 novembre.

Aux femmes disparues de Polytechnique.

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